La Saillie

Longueur/largeur int : 365/379 cm
Hauteur int max : 253 cm
Hauteur int min : 197 cm
Altitude : 921 m
Surface : 13,8 m2
Matériaux utilisés : grumes et végétation
Techniques de construction remarquables : fuste et toiture végétale

À l’orée de la forêt vosgienne, sur le promontoire formé par un sommet arrondi, la Saillie observe le ciel, les lignes de crête, la vallée. Encerclée par une zone de pâturages, cette cabane sauvage recouverte d’une cape végétale vit parmi les bêtes. Faite de grumes empilées et entrecroisées, elle rappelle les constructions rurales nord-américaines. Elle est à la fois d’ici et d’ailleurs.

La Saillie — illustration 1

LA TOITURE VÉGÉTALISÉE : UN PROLONGEMENT DU NATUREL

La Saillie se trouve dans une clairière au milieu de la forêt vosgienne, dans une zone de pâturages. La clôture qui l’entoure témoigne de la présence fréquente de bêtes. Cet abrume possède une enveloppe mas- sive faite de grumes (ou fûts) empilées qui s’entre- croisent parfaitement aux angles. Elle se distingue aussi par un aspect bien plus singulier : sa toiture apparaît comme le prolongement de la butte située derrière. Elle reprend les traits de la ligne topographique, avant de s’élancer perpendiculairement. L’herbe verte s’est invitée au-dessus de cette saillie architecturale sous la forme d’une toiture végétalisée. Seuls la souche de la cheminée et le chapeau du poêle intérieur émergent de la pelouse épaisse. La toiture végétalisée est composée de plusieurs couches. Derrière l’isolant et les voliges visibles à l’intérieur ont été déposés une nappe, à la fois protectrice et drai- nante, puis un substrat : une couche de terre sur laquelle poussent des végétaux. Cet ensemble est ceinturé par des planches de bois, nommées rives, qui sont retenues par des crochets, également en bois. En regardant de plus près, on observe du côté de la façade d’entrée un auvent saillant pourfendant les vents sud-ouest qui arrivent de par-delà la crête.

CONSTRUCTION ET TRANSMISSION ORAL

La technique consistant à empiler et à entrecroiser des grumes pour former un chalet est revenue dans la région par le biais d’un ancien bûcheron. Désirant créer un point d’étape destiné à servir de halte et de refuge à tous et toutes, il lance dans les années 1990 ce beau projet de cabane non gardée perchée en haut des ballons. Une fois le dossier accepté, la question de la construction se pose : c’est finalement la fuste qui l’emporte. Aucun plan n’est dessiné : les réflexions sont conduites au cours du chan- tier, alors que la fuste prend forme. L’équilibrage est réalisé à l’œil et les juxtapositions sont faites à l’aide d’un com- pas de transfert permettant de reporter une même forme sur différentes pièces de bois. Les grumes proviennent des forêts avoisinantes, où les mélèzes et les épicéas sont présents en abondance. L’intérieur est simple : une seule pièce de plain-pied à la charpente apparente. Les murs de la fuste ont été laissés nus. Les quelques ouvertures per- mettent de constater leur large épaisseur. L’ensemble du mobilier a été fait également à partir de fûts.

La Saillie constitue un mélange harmonieux entre un savoir-faire maîtrisé et des ressources locales. La réussite de ce projet a suscité l’engouement des communes voisines et a initié l’apparition d’un réseau de cabanes non gardées le long des sentiers de randonnée alentour.

UN BALCON SUR LE PAYSAGE

La position géographique de la Saillie est optimale. Située à l’abri des vents soufflant entre les versants, elle est protégée du froid et des intempéries. Derrière, une épaisse forêt garantit l’approvisionnement en bois. Devant, la vue est dégagée. Un vaste pâturage, ponctué par quelques conifères et traversé par de fins ruisseaux, s’étend jusqu’au village en contrebas.

Le chalet et ses dépendances ont été orientés pour profiter de ce panorama. Sous l’auvent, une table et deux bancs permettent de se réunir tout en profitant de la vue, même les jours de pluie. À quelques mètres, une structure sans mur, tenant grâce à quatre poteaux de bois, protège l’emplacement du feu : ainsi peut-on contempler le paysage en préparant le repas. L’environnement a été considéré comme un aspect primordial du projet de construction. De nombreux abrumes ouvrent sur la nature, offrant une vue spectaculaire sur l’horizon. Souvent agencés avec un simple banc ou de vieilles souches instables, les balcons des abrumes nous invitent à l’humilité. Lorsque notre regard se perd dans le lointain, le paysage se charge de nous rappeler notre modeste taille.

La Saillie — illustration 2
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