Le Volcan

Longueur/largeur int : 542/495 cm
Hauteur int max : 238 cm
Hauteur int min : 86 cm
Altitude : 440 m
Surface : 26,8 m2
Matériaux utilisés : pierre volcanique, bois et tôle ondulée
Techniques de construction remarquables : pierres maçonnées et architecture semi-enterrée

Le Volcan est situé au beau milieu de la plaine. Isolé et exposé à tous les vents, il se dresse dans une prairie marécageuse et peu hospitalière. Sa forme triangulaire tranche au milieu de cette mer de pâturages dont il forme le seul récif. Son vieux toit en tôle évoque les rares sommets encore pointus de la chaîne de puys qui l’encercle. Sa toiture, monumentale et visible de loin, constitue l’élément phare de cet abrume.

Le Volcan — illustration 1

LE BURON, DU PASTORALISME AU REFUGE

Cette petite architecture perdue en plein cœur de l’Au- vergne est un ancien buron. Construit autour d’une pièce rectangulaire, le bâtiment est doté d’une cave où étaient conservés les fromages pendant l’estive, et d’un grenier où les paysans dormaient et entreposaient le foin. On trouve encore fréquemment dans d’anciens burons des frag- ments du plancher qui permettait aux paysans de s’isoler du sol de pierre, froid et humide. La salle commune, structurée autour d’une grande et large cheminée située au centre du pignon opposé à la porte d’entrée, a gardé sa fonction initiale.

Symbole d’une vie en mouvement, celle du berger ou de la bergère qui se déplace au rythme de ses bêtes six mois dans l’année, le buron évoque aussi la stabilité et la sédentarité. Souvent construit en granit, il est ainsi ancré dans le territoire. Il s’agit d’une architecture « semi- habitée ». Autrefois occupée de mai à octobre, elle était laissée vide le reste du temps. Aujourd’hui, le Volcan a perdu sa fonction première mais a conservé son identité d’habitat temporaire. Il est convoité toute l’année par des randonneurs et randonneuses qui y trouvent refuge, mais qui ne l’occupent qu’une nuit, quelques jours tout au plus.

SE FONDRE DANS LE PAYSAGE

Contrairement aux codes traditionnels de ce type de microarchitecture, le toit du Volcan n’est pas en pierre mais en grandes plaques de tôle ondulée. Un choix qui est avant tout économique, puisqu’il s’agit d’un matériau industriel et standardisé, dont la mise en œuvre ne requiert pas de savoir-faire particulier. Ces plaques, qui sont parmi les rares éléments du buron étrangers au site, tissent des liens sensibles avec l’environnement. Elles constituent des instruments architecturaux à part entière. Lorsque le vent hurle, que le fracas de la pluie s’abat sur la toiture, elles chantent et nous rappellent la présence de la nature tout autour de nous.

Ces feuilles d’acier posées il y a quelques années se sont comme adaptées au site. Elles se sont tâchées d’éclats d’ocre évoquant les tons des pierres volcaniques du soubassement de l’abrume. Dans ces paysages, rien ne reste standard ou uniforme. Le temps et la géographie ont fait la singularité des tôles génériques.

Avec son toit pentu brisant la douceur des plaines arrondies, le buron semble vouloir imiter les derniers puys saillants du massif. L’abri respecte le territoire, s’y insère, s’y fond, saisissant ses richesses sans rompre son harmonie.

L’ABRUME ET LA RENCONTRE DE L’INCONNU(E)

Lorsqu’on approche d’un abrume, le jeu consiste à deviner s’il est déjà habité. Parfois, la présence d’un locataire éphé- mère est trahie par une odeur de bois brûlé ou des traces dans la neige. Les cabanes sauvages sont des lieux de partage, dont les portes sont toujours ouvertes. On y échange un repas, des conseils techniques, des indications géographiques, des anecdotes, des rires, des idées...

Partir à la découverte des abrumes, c’est partir vers l’inconnu. Il est possible de prévoir la météo, l’itiné- raire emprunté et sa durée. En revanche, la surprise d’une rencontre au coin du feu échappe à toute anticipation. Les visiteurs et visiteuses d’un soir n’ont aucun droit légal sur les abrumes. Chacun peut se sentir chez lui, dans un espace de confort tout à la fois étranger et familier. L’ambiance est souvent chaleureuse comme si, dans les espaces naturels déserts, l’« autre » avait une valeur que l’on ne perçoit souvent plus dans les villes surpeuplées. La rencontre est naturelle, simple, profonde. Si bien qu’il n’est pas rare de partager des secrets avec des personnes inconnues. L’atmosphère créée par le feu de cheminée invite à se livrer.

Aujourd’hui, cet ancien buron est un lieu de tous les possibles, un lieu de partage et de passage. Son toit protège des individus venus de divers horizons qui vivent ensemble des moments inoubliables. Destiné à accueillir cinq personnes au plus, il doit en héberger davantage. Il faut alors redoubler d’ingéniosité pour trouver une place aux nouveaux arrivants. Les abrumes appartiennent à qui- conque les respecte.

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